Hel
Familier(e)

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Joined: 07 Jan 2008
Posts: 239
Localisation: globalement ailleurs  Signe du Zodiaque: 
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Posted: Thu 10 Apr - 12:06
Post subject: Quelques chtis textes...
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Voilà quelques textes que j'ai écrits il y a un bon petit moment :
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Esprit.
C'était par une de ces nuits où la lune d'ivoire éclaire les rues désertes. Un chien hurlait à la mort dans le froid pesant. L'homme était seul sur le trottoir, il ne savait où aller. Peut-être avait-il un peu bu ? Non, il ne se souvenait pas. Que faisait-il là, seul dans le froid, au beau milieu de cette rue malpropre ? Comment était-il arrivé là ? Désemparé, il s'était réveillé comme d'un doux sommeil, devant cette maison qu'il ne connaissait pas.
Il avança un pas, puis deux. Ses jambes, son corps entier craquait et grinçait comme s'il était rouillé. Il avait l'impression de sortir de congélation. Il ne savait plus rien. Et plus il tentait de fouiller dans ses souvenirs, plus il s'apercevait qu'il n'y avait dans sa tête qu'un vide total. Il avait oublié jusqu'à son propre nom…
Quelques pas plus loin, il manqua de se cogner dans un panneau délabré. Il leva les yeux et s'aperçut, non sans un certain étonnement ironique, qu'il savait encore lire. Il déchiffra, avec peine d'ailleurs, les quelques lettres à demi effacées. Déjà qu'il était perdu, apeuré, désolé de ce trou noir dans lequel il avait mentalement sombré, ce qu'il lut ne fut pas pour le rassurer : il était devant la mort, l'oubli, la tristesse. Devant le cimetière. Il se tourna un peu vers sa gauche et se retrouva totalement face au champ de croix.
Les pensées se bousculaient dans son cerveau encore gelé. Qui était-il ? Où était-il ? Existait-il même ? Posant la main sur la poignée du portail, il reçut une telle sensation de froid qu'il fut assuré de ne pas être dans un cauchemar. Désespéré, il entra.
Ce fut alors qu'il la vit. Pâle comme la mort, assise sur une tombe, les vêtements en lambeaux. Des larmes de sang coulaient sur sa peau blanche. Son corps ivoire semblait briller dans la nuit. Ses longs cheveux emmêlés étaient vif-argent et brillaient à la lumière de la lune. Elle avait de longs ongles de la couleur du métal. Peut-être était-ce des griffes, ils étaient si pointus…
Il restait là, à la regarder, émerveillé. Il oublia ses questions sans réponses, et se laissa inconsciemment gagner par la folie qui le guettait, tapie dans l'ombre. Cette apparition emplit son esprit, magnifia ses pensées. Comment un tel tableau pouvait-il le réconforter ? Il se posa la question un instant –cette beauté morte…- et se dit : à quoi bon… Qui était-elle ? Il ne le savait pas non plus et s'en moquait à présent. Elle était là, elle était belle, il était fou, il ne voyait plus qu'elle.
La froideur de la nuit ne l'atteignait plus. Il la détailla entièrement. De ses pieds nus, prenant une teinte bleutée au contact de ce vent froid et coupant qui soufflait en rafales intermittentes, à ses cheveux argent où scintillaient de minuscules cristaux de glace. Les larmes rubis coulaient toujours de ses yeux qu'il pouvait voir à présent, céruléens, vides, lumineux. Il suivit le cours d'une larme qui alla mourir au coin de ses lèvres exsangues. De sa bouche entrouverte il put apercevoir sur ses dents pointues et acérées, du sang, encore. Elle passa sur ses lèvres une langue violacée, et happa la larme grenat. Elle fredonnait une mélopée voluptueuse, si légère et suave qu'elle semblait s'élever jusqu'aux étoiles.
Il la regardait, l'admirait, la contemplait, l'épousait du regard. Il se noyait dans sa voix, s'engourdissait dans ses mots, se perdait dans les méandres de sa silhouette. Elle illuminait sa nuit, faisait chanter ses pensées, et faisait danser les étoiles au ciel. Les branches des arbres squelettiques se livraient à une danse mystérieuse au rythme des paroles énigmatiques de la mélodie merveilleuse. Et toutes les ombres s'illuminaient, se mouvaient avec grâce dans l'obscurité. Le cauchemar était devenu magie.
Il restait là, déconcerté par cette beauté affreuse qui l'avait ensorcelé. Il fallait qu'il lui parle. Il voulait la toucher. Il voulait… Il avait peur de l'effrayer. La belle cadavérique ne l'avait pas encore remarqué. Il voulait en profiter. Il avait peur de la quitter. Il était désespéré. Des larmes se mirent à couler de ses yeux fatigués. Il ne voulait pas bouger. Il ne voulait pas qu'elle s'en aille. Mais inconsciemment, il fit un pas vers elle.
Mademoiselle… murmura-t-il d'une voix inaudible.
La beauté d'outre tombe tourna brusquement la tête vers lui, esquissa un sourire, et…
Elle n'était plus là. L'homme fit demi-tour, sortit de ce cimetière maudit, et poursuivit son éternelle errance dans cette rue sans vie. |
| Quote: | Fléau
Le calme et la plénitude. Comme une mer de sérénité qui s’étend à l’infini. Il y a un oiseau qui vole, là haut… il chante.
Il chante la vie, il chante l’amour, le bonheur d’aimer, ou le bonheur tout court, avec ses peines et ses regrêts. Un chant si fragile et si beau qui ensorcelle la forêt, porté par le vent, à ceux qui l’entendent il berce le cœur. Et sans qu’on sache pourquoi, c’est une larme qui coule.
Le calme et la plénitude. Comme une mer de sérénité que nul n’aurait pu chambouler s’il avait un cœur, ou un soupçon d’humanité, une once de bon sens plutôt. Il y a un arbre là qui se repose… il rêve.
Il rêve à la vie, à l’amour, au bonheur d’aimer, ou au bonheur tout court, avec ses peines et ses regrêts. Il est vieux cet arbre, il en a vu passer des saisons, mais il se délecte toujours des doux rayons du soleil au matin, tout comme au soir ; même s’il craque et il grince, plus les années passent et plus il a la tête dans les nuages, et plus il rêve. Il rêve sans se lasser du chant d’un oiseau qu’il entend, qu’il écoute, et qui berce son cœur de vieil arbre, réchauffe sa sève, et toutes les feuilles bruissent de plaisir comme dans un frisson de bonheur. Et sans qu’on sache pourquoi, c’est une larme qui coule.
Le calme et la plénitude. Comme une mer de sérénité que nul être n’aurait pu avoir le cœur de chambouler s’il avait une once de bon sens et d’humanité, mais qu’est-ce que l’humanité. Il y a une fleur qui se mouvoit, là… elle danse.
Elle danse pour la vie, elle danse pour l’amour, le bonheur d’aimer, ou le bonheur tout court, avec ses peines et ses regrêts. Une danse si douce au regard. Cette fleur si fine et fragile offre ses pétales aux rayons du soleil, offre ses gouttes de rosées aux insectes pour qu’ils s’y abreuvent, et elle entend, et elle écoute le chant d’un oiseau et un bruissement de feuilles qui comme un doux murmure l’enchantent. Sa tige si frêle alors oscille gaiement, faisant danser sa fraiche corolle, comme un petit soupir de volupté. Et sans qu’on sache pourquoi, c’est une larme qui coule.
Le calme et la plénitude. Comme une mer de sérénité qui voit naitre le soleil aux aurores, le voit se coucher au crépuscule, sans jamais douter de son retour. Comme un monde de parfaite harmonie que rien ni personne ayant un cœur n’oserait briser, mais qu’est-ce que l’humanité. Il y a la nature toute entière qui sourit… elle vit. Elle…
Un coup de fusil abat l’oiseau. . . .Le chant s’éteint. Une tronçonneuse abat l’arbre. . . .Le murmure cesse. Une botte écrase la fleur. . . .La danse s’arrête. Un sourire nait sur un visage Le bruissement des billets verts Le murmure des moteurs La danse des armes Le chant de la guerre . . .La nature se meurt.
Et sans qu’on sache pourquoi, c’est une larme qui coule. |
| Quote: | L’Histoire de l’homme qui rêvait d’avoir des ailes
Qu’y a t-il de plus dérisoire qu’une paire de bras… Ces deux choses longues et nues articulées de quelques segments. C’est si proche du sol, des bras. Au pire ça vous empêche de vous écraser le nez contre la terre, lorsque la gravité vous joue des tours. Et des pieds, n’est-ce pas aussi ridicule, des pieds ? Au bout de quelque échasse motorisée, incapables de se détacher du sol plus de trente secondes. Ils sont soudés, comme des frères, les pieds de l’homme et le sol de la terre. La gravité nous empêche d’atteindre le paradis, nous maintenant terre à terre pendant que nos rêves s’envolent, seuls, vers un ailleurs infini éternellement lointain. Les rêves de l’humain sont des entités extrêmement volatiles. La plupart finissent par se détacher de l’esprit par une odieuse machination du temps et des principes de la réalité. Et ils s’envolent, et sont parfois devenus tellement légers qu’on ne les sent même pas s’envoler. Une fois partis, ils disparaissent, se dissipent dans l’air du temps, dans le présent, pour n’être plus que des impressions d’utopies passagères, des souvenirs vagues et flous, des étrangers. Les rêves sont des jeux d’enfants dont la raison aura raison si on veut bien les oublier. Et on nous enfonce dans le crane que les rêves c’est beau mais qu’on a autre chose à faire que d’avoir foi en ces rêves. Les rêves sont des jeux d’enfants et ceux des grands qui les retiennent passent pour des illuminés….
Ma tête est une lanterne. J’en ai chassé le brouillard qu’on tenta d’y introduire à l’insu de mon plein gré. Ma tête est une lanterne et mes yeux scintillent d’étoiles, qui sont des éclats de rire que la vie a dissociés, découpés, haché menus, broyés mille et une fois et étranglés à mains nues. Mais ces éclats avant qu’ils ne s’envolent je les ai attachés au fond de mon cœur et de mon regard. Car ce n’est pas la vie qui fait ça, ce n’est que ce qu’on en fait.
Je suis venu au monde. J’ai vu le monde. Je n’ai pas vaincu le monde, il est trop grand pour moi tout seul. Il m’a fait peur. Non… pas le monde. Ce qu’on en fait. Juste ce qu’on en fait.
Mes frères hommes du monde entier passent le plus clair de leur temps à faire du zèle. Courir, courir, courir au ras du sol dans des couloirs sordides au milieu de milliers d’autres bipèdes du genre. Des couloirs au sol d’asphalte sombre et puante, murés d’immeubles grisonnants tels des vieillards asphyxiés dans les émanations urbaines et d’autres ruisselants de progrès, des bâtisses massives d’hypocrisie monétaire abritant encore et encore comme des fourmilières géantes et glacées des centaines de mes frères tout pleins de zèle, à plus de cinquante mètres du sol parfois mais toujours à raz de terre – cloportes omnubilés par un conformisme de réalités virtuelles – je voulais juste avoir des ailes.
Des ailes, et pas ces membres filiformes que l’on a beau agiter, agiter, on ne fait que brasser du vide, remuer de l’air inutilement sans jamais s’élever au dessus de la réalité galopante qui rampe partout au ras du sol. Des ailes pour raviver l’espoir, pour aller au dessus des nuages chercher les rêves que mes frères laissent de plus en plus s’échapper de jour en jour d’année en année de siècle en siècle, de millénaire en millénaire. Oh bien sur ils rêvent encore mais des rêves de réalité qui n’en sont plus ; leurs rêves sont des choses des situations terre à terre ancrées dans du palpable. Ce qu’on ne peut voir, ce qu’on ne peut toucher, ce qu’on ne peut posséder à titre personnel et qui ne coûte rien n’a plus guère de valeur à leurs yeux. Les grands mots d’hier sont les miroirs aux alouettes d’aujourd’hui. Ils ne sont là que pour donner l’illusion que ces idéaux qui font tout l’honneur de notre histoire ne se sont pas évaporés dans une folie des grandeurs.
Je veux avoir des ailes pour retrouver ces idéaux perdus mais je ne suis qu’homme et pas oiseau. Qui n’a jamais rêvé, ne serait-ce qu’une fois, de quitter ses bras pour d’immenses ailes blanches qui l’emmèneraient au delà de tous les obstacles… Il n’y a pas de frontière dans le ciel pour ce qui n’est pas mécanique. On peut le parcourir à tire d’ailes, il n’a rien à cacher, on ne peut quoi qu’on en dise posséder le ciel. L’air est le seul lieu où la Liberté n’est pas soumise à un contrôle permanent. Faute de ne pouvoir être air je veux des ailes pour y vivre éternellement.
Ce matin je me lève la tête dans les nuages et les idées embuées. Une fois le brouillard dissipé la lanterne allumée entre les parois de mon cerveau m’illumine plus encore que les jours précédents. Aurais-je fait un rêve ?
… Aujourd’hui il faut que je touche le ciel. Je remue mes jambes. Un pied, devant, l’autre, puis celui qui est derrière passe devant celui qui l’a doublé, toujours au ras du sol. Celui qui décolle retombe inévitablement. Mes pieds me traînèrent ainsi vers mon destin quelques heures durant ; je cherchais dans la jungle des constructions ineptes humaines de quoi m’élever vers le ciel. Mon cœur et mon instinct me guidaient au travers de mes pieds, et m’emmenèrent dans une de ces fourmilières géantes parées de vitres opaques reflétant la lumière du soleil. Sa pointe me paraissait si loin d’en bas… Je monte.
Toujours les pieds scotchés à un sol artificiel je prends de l’altitude. L’ascension est longue… Mon cœur bat d’impatience et mon sang devient fou.
Le temps ne paraît long que quand il est devant nous. Une fois entre nos mains il devient insaisissable et disparaît inlassablement.
Me voilà en haut. Je jette un œil en bas. Le sol et mes frères me semblent loin et tout petits. Insignifiants dans l’immensité universelle. En haut le ciel s’offre à moi, m’ouvre ses bras immenses, sa douceur impalpable, son cœur chargé des rêves et des utopies rejetées d’en bas. Le ciel me prend sous son aile, je sens l’air tout l’air qui se frotte à ma peau, m’emplissant de sa sérénité, le ciel me donne des ailes…
Puis il me les reprend. Il me prend aussi mes bras, mon corps, mes jambes et mes pieds qui flottent dans l’air, que je lui offre. Il me prend les parois qui muraient ma lumière. Je me sens libre comme l’air avec qui je ne fais plus qu’un et nage au milieu des rêves perdus. La plus belle d’entre eux, Liberté, me sourit, et je danse avec elle, plus haut, plus haut, plus haut, plus haut…
* * *
Sur le trottoir crasseux les gens zélés s’arrêtèrent un instant pour regarder un spectacle inhabituel. Un amas de chair et de sang où se mêlaient des plumes blanches s’offrait à leurs yeux. A des dizaines de mètres à la ronde des plumes maculées de vie volaient. Chacun qui passait s’arrêtait et saisissait au vol une de ces plumes tachées de vie. Leur visage terne s’illuminait alors d’un sourire, et une plume à la main, chacun reprenait ensuite sa route.
Dans leur cœur un oiseau mort-né chantait la liberté.
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